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Jérémie : Prophète de la Non-Paix


Jérémie  ·  יִרְמְיָהוּ
PROPHÈTE DE LA NON-PAIX

On a coutume de croire, comme vérité indiscutable et indiscutée, que l’œil d’un prophète n’est somme toute que l’œil d’un aigle – qu’il voit plus loin que l’horizon visible du simple mortel. Cette façon de confondre le prophète et le devin soumet finalement, et l’un et l’autre, à la ligne horizontale du temps. Une puissance théurgique leur permettrait donc de voir plus loin sur cet horizon temporel que l’homme traditionnel ne perçoit qu’à court terme. Dès lors, le prophète serait outrageusement lié par la réalité tant il tombe profondément dans la perspective de son temps. En vérité, rien n’est plus faux. Et s’il existe un personnage en parfaite contradiction avec le prophète, c’est bien précisément le devin. Le propre du devin, en effet, c’est d’être vaincue par la réalité, d’être aimanté avec force à cette ligne du temps, un peu comme la locomotive qui se stopperait net si elle devait sortir de ses rails de métal. Et cette addiction au réel le pousse vers toutes sortes de mécanismes illusoires, psychiques ou encore scientifiques et journalistiques… afin de sonder la logique du temps dont il ne peut concevoir de se détacher. C’est à cause de cette passion du réel qu’il ne peut imaginer son effacement, aussi sa prophétie est-elle établie dans son fondement avant même qu’il ouvre ses yeux : l’avenir doit être glorieux et prospère, l’Histoire doit être sauvée ! Il ne modifiera que les détails de son message, pour mieux s’adapter à l’auditoire du moment. Toute la difficulté de ce faux prophète sera dès lors dans le « comment ? » Comment gagner la reconnaissance du peuple en lui annonçant l’avenir dont il rêve ? Ne voyant pas l’avenir qu’il s’est pourtant persuadé de discerner, il portera donc toute sa vitalité, il déploiera tous ses talents afin d’infuser dans l’âme de son prochain cette conviction des lendemains heureux qu’il extrait de son propre fond. C’est ici qu’entre en scène la magie. Cette conviction, telle une énergie pragmatique, doit suffire, dira-t-il, afin que s’incarne la prophétie du bonheur. Et si le bonheur ne vient pas, on culpabilisera l’auditeur : Tu manques de conviction ! Repens-toi !

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« Massa » : Les prophètes de l’élucubration


Les prophètes de l’élucubration
Un texte d’André NEHER


•••Prophètes et prophéties, p. 287 à 290

•••Des décisions aussi graves que celles d’Osée et d’Abraham, des actes aussi spectaculaires que ceux d’Isaïe et d’Ézéchiel, des souffrances aussi poignantes que celles de Jérémie et de Samuel ne sont pas réalisés ou acceptés sans résistance. Les prophètes s’en expliquent : ils sont contraints. La prophétie est une pesanteur. C’est un deuxième aspect de sa douleur.

•••La connaissance prophétique communiquée par la ruah (l’Esprit) ou le davar (la Parole) implique, nous l’avons vu, une violence et un corps à corps. Entre Dieu et le prophète, il y a lutte, saisissement. Mais ce que l’analyse doit maintenant souligner, c’est que, dans ce débat, l’Esprit et la Parole sont toujours vainqueurs. Pendant plusieurs années, Jérémie traverse les rues de Jérusalem avec un joug sur la nuque. Quoique le symbole dépasse la condition personnelle du prophète (il s’agit de montrer la servitude des peuples sous le sceptre de Nabuchodonosor), il n’y a pas d’image plus exacte pour décrire la vocation prophétique. Ceux qui voyaient Jérémie le percevaient dans son être prophétique le plus intime : le prophète doit plier la nuque ; il est vaincu, captif.

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