» Catégorie : Ancien Testament

Jérémie 48 : être transvasé


Lorsqu’il fautre être transvasé

Livre de Jérémie 4811-12 : « Moab était tranquille depuis sa jeunesse, il reposait sur sa lie, n’ayant jamais été transvasé, n’étant jamais parti en exil. Aussi, a-t-il conservé son goût et son bouquet ne s’est point altéré. Eh bien ! des jours viennent, dit l’éternel, où je lui enverrai des gens qui le renverseront ; ils videront ses vases et mettront ses outres en pièces. »


Cette parole du livre de Jérémie, ainsi que tout le chapitre 48 s’adressait initialement à Moab, petit Royaume à la frontière de Juda, alors indépendant et probablement spectateur de la chute de Jérusalem et de l’exil de ses habitants par l’Empire Babylonien ; il y a de cela plus de 2600 ans. On se demande en quoi un tel passage viendrait nous dire quoi que ce soit à nous, hommes du 21e siècle. Il faut cependant rassembler ce propos avec ceux qu’adresse le livre aux autres nations d’alors ; en voici le résumé qu’en fait l’auteur :

« Quoi ! c’est dans la ville sur laquelle mon nom est invoqué que je commence à faire du mal ; et vous seriez épargnés ? Non ! vous ne serez pas épargnés, car j’appellerai le glaive contre tous les habitants de la terre, dit l’Éternel des armées. » (Jér. 2529)

Quiconque croit cette parole prophétique en vient à penser qu’elle dépasse la seule actualité de l’époque ; les peuples antiques mentionnés nous renvoient dès lors à diverses nations existantes au cours de l’Histoire, et cela jusque dans notre 21e siècle. Par contre, « la ville sur laquelle mon nom est invoqué » ne se réfère plus seulement aux Israéliens et à la première alliance de Moïse ; il faut aussi y ajouter la communauté associée à la seconde alliance : l’Église. Or, contrairement à Israël, l’ekklésia n’est pas un peuple issu d’une descendance naturelle et scellée par l’héritage d’une tradition législative ; ni la nature ni la loi ne l’ont façonnée ; seul l’Esprit du ressuscité l’a fait naître ; aucune logique ou évidence raisonnable ne peut la recenser et la désigner ; elle échappe à tout cadre humain et n’est pas visible à l’œil nu. Elle diffère radicalement. Nous voici donc avec deux vis-à-vis très distincts, mais que le livre de Jérémie évoque tous deux lorsqu’il parle de l’alliance mosaïque générale, venue de l’extérieure, puis de celle individuelle mise dans le cœur de chaque-un (3133). D’une part donc, et de manière concrète, c’est la collectivité d’Israël, avec ses frontières géographiques et dogmatiques, face à d’autres nations ayant elles-mêmes leurs propres délimitations. Et d’autre part, non plus une assemblée dont la zone administrative et intellectuelle est précise, mais des individus ici et là nés de l’Esprit, face à d’autres individus dispersés sur le même sol : la séparation n’est plus visible !

C’est pourquoi le NT, lui qui concerne ce second vis-à-vis, nous avertit du danger à vouloir rendre de nouveau visible cette séparation, d’enclore dans une communauté devenue sacrée tous les individus nés de l’Esprit : de séparer le blé de l’ivraie. C’est-à-dire de bâtir une ekklésia religieuse ; comme si en la montrant on pouvait être certain qu’ici seulement serait présent le Christ, que celle-ci serait le corps palpable de son Esprit qu’on puisse peser, mesurer et compter. Qui se tiendrait hors de ces mesures serait dès lors hors du Christ, assimilé à un ennemi moabite ou babylonien : « En voulant faire cette séparation », nous dit l’Esprit du Christ, « vous risqueriez d’arracher en même temps le blé ; laissez-les croître ensemble jusqu’à la moisson, et alors les moissonneurs s’en chargeront », nous dit la parabole. (Matt 1324-30)

De fait, plus s’avance l’Histoire, plus la prophétie de l’AT manœuvre à sa surface, et elle conduit petit à petit à l’effacement des identités générales : peuples, nations et bien sûr œcuménisme. À mesure que l’intonation prophétique se détache du politique, elle se concentre sur l’intimité de la personne ; c’est le « il n’y a ni Grec ni Juif, ni homme ni femme, etc. » de Paul. La prophétie quitte finalement la tonalité bruyante du groupe pour acquérir la précision infaillible du murmure directement personnel. De « la nation tranquille reposant sur sa lie », la parole s’adressera dans l’avenir à « l’individu reposant tranquillement sur sa lie ». Le jugement ne distingue plus seulement une masse populaire d’une autre, mais un individu d’un autre. Ainsi, l’appartenance à une communauté n’est-elle plus significative : la notion de peuple élu visible s’effrite. Ce n’est qu’en l’être individuel caché que s’accomplit l’élection, et l’élection de masse n’était que sa parabole. C’est pourquoi, expliqua le Christ, les « moissonneurs » derniers sont consacrés à distinguer les personnes particulières entre elles, au-delà et au sein d’une même collectivité. Pour ces  nouveaux moissonneurs, à l’intérieur d’une ekklésia se trouvent peut-être des Moabites, et il se peut même qu’une ekklésia en son entier ne regroupe que des Moabites !

Ce qui distingue le blé de l’ivraie selon Jérémie, c’est le fait de reposer sur sa lie. Or, qu’est-ce que la lie pour le prophète ? Comme c’est souvent le cas en hébreu, ce mot est construit sur la racine d’un verbe ; et il s’avère que la « lie » s’articule sur le verbe « garder, observer, surveiller », comme dans : « vous  observerez le sabbat » (Ex. 3114), ou : « L’Éternel te  gardera de tout mal, il  gardera ton âme » (Ps 1217). Reposer sur sa lie consiste à fonder sa sécurité présente ou à venir sur la garde protectrice que procurent l’obéissance et l’observation des règles de « vérité » ; c’est vivre dans un contenant encadré et réglementé pour rendre la réalité le plus tranquille possible, jusqu’à ignorer ou condamner toute réalité sortant de cette enveloppe idéale ! C’est ainsi qu’une nation ou un homme se bâtira une vie éloignée des troubles suscités par l’affirmation de la volonté personnelle, s’interdisant d’entériner l’appel de la liberté lorsqu’elle contredit le socle des certitudes générales. Il refusera de s’extraire de la garde des lois auxquelles il se soumet « spirituellement », refusant de voir que sa volonté est asservie à la crainte de manquer. Se croyant dès lors sage, il vieillira paisiblement, engrangeant une réussite visible que la stratégie des ses lois lui rend pour son obéissance. Tel un vin vieux, il aura ce goût et cette saveur de la paix et de la richesse, regardant dans une fausse compassion la punition de son voisin comme une juste rétribution à sa désobéissance rebelle.

Texte iciPourquoi dès lors m’envoyer en exil dira le Moabite moderne reposant sur la lie de sa communauté ? Pourquoi faire venir contre moi une réalité soudaine qui brisera ma sécurité si chèrement acquise ? N’est-ce pas l’injustice d’un Dieu agressif qui me prive de tout ce que je chéris ? Non, répondra le prophète ; car si ta justice avait été divine tu aurais su faire l’exode de tes lois, avoir la liberté de sortir de leurs sécurités pour secourir ton prochain ; la loi t’a asservi, aussi n’est-ce que justice que tu lui payes toi aussi son tribut jusqu’au dernier centime. Or, dit la loi, tu as préservé égoïstement ta richesse sans la risquer, puis tu as condamné ton prochain en joignant ta voix au bourreau qui le frappait. Ne sais-tu pas que ces bourreaux sont aussi les gardiens de tes lois ? Tu as craint de lutter contre eux pour sortir de leur surveillance, pour secourir tes proches et sauver son âme, aussi Dieu te livre à ces mêmes bourreaux ; ils t’entraîneront dans l’exil ; tu seras mesuré avec ta propre justice. Toi qui te croyais préservé par tes vérités, voici qu’elles t’accusent froidement. Quand apprendras-tu à ne plus te confier en elles ? Quand apprendras-tu que la justice divine ne repose pas sur l’observance des lois et la liturgie de tes cultes ? Dieu a la puissance d’abolir toutes les lois, car il fonde sa justice sur la passion qu’il porte à l’homme, quand bien même cela le rendrait déraisonnable à tes propres yeux ; quand bien même tu le condamnerais au nom de ta logique, pour préserver ton repos sur ta lie.

Ainsi prophétisa Jérémie ; et c’est aussi aux églises que s’adresse son discours, à ce christianisme établi dont il annonce la destruction du Temple. Ce christianisme-là n’est-il pas incapable de fermer les portes de ses ekklésias pour aller au-dehors, à la rencontre de son prochain qu’il juge impur ? N’affirme-t-il pas qu’il aimera son prochain, mais à condition que jamais ses portes ne soient closes, sous-entendant qu’elles ont plus de valeur que l’âme vivante ? Et combien de « chrétiens » ne ressemblent-ils pas à ces Moabites reposants sur la lie de leurs dogmes, certains d’être les élus du ciel ? Combien de ces religieux ne sont-ils pas arqués jalousement sur les réussites acquises par leurs moralités ? Ne sont-ils pas en train de faire de l’autre un fils de la lie avec eux, les préparant à les rejoindre dans leur futur Exil commun ? Combien d’entre eux ne cherchent-ils finalement qu’à s’extasier dans leur liturgie d’enfants gâtés ? Viennent les jours des moissonneurs, dit le prophète : vos murs seront brisés, vos autels dévastés et vos prédicateurs humiliés ; et là, transvasés dans l’exil, hors de vos vérités  théo-logiques, peut-être que l’individu mis face à lui-même, sans la garde illusoire de la collectivité, peut-être se souviendra-t-il de son Dieu. Peut-être se souviendra-t-il que ce Dieu laissa sa gloire pour la croix, qu’il eut le courage de sa liberté, qu’il tourna le dos à sa tranquillité céleste pour rejoindre l’homme brisé, inquiet, incompris et rejeté. Cet homme en devenir qui se tient seul, inconnu de la masse, et si loin, trop loin de chez lui ; si loin de cet autre vin, celui de l’infini des possibles, celui qu’aucune outre, communauté ou théorie ne pourront plus jamais contenir, car il sera versé en son sein.

Ivsan Otets

Jérémie 1 : d'Anatot


Jérémie : d’Anatot

Livre de Jérémie 11 : « Paroles de Jérémie, fils de Hilqiyyahu, l’un des prêtres résidant à Anatot, en territoire de Benjamin. »


Nous pensons que le Dieu de la Bible doit être éloquent, comme le sont les hommes créatifs et convaincus ; qu’il doit aussi avoir le sens du sublime et du spectacle planifié, comme le sont nos religions. C’est à cette condition qu’on entend Dieu, et nous sommes certains que lorsqu’il appelle un prophète sur scène, c’est de cette manière : tout en rhétorique et en sublimité ! Tel est décrit Dieu par la très grande majorité de nos commentateurs. Les croyants leur réclament d’ailleurs de vibrer devant la sainte extase, aussi la débusquent-ils dans les textes. Prenons à titre d’exemple le début du livre de Jérémie, témoignage de son jeune appel :

La parole du Seigneur s’adressa à moi : « Avant de te façonner dans le sein de ta mère, je te connaissais ; avant que tu ne sortes de son ventre, je t’ai consacré ; je fais de toi un prophète pour les nations ». (Jér. 11)

Tandis que les théologiens encensent ce genre de passage pour nous sublimer du haut de leur chaire, il en est tout autrement de Jérémie à qui ce passage s’adressait. Pour lui, ni l’argument d’autorité, celui que la théologie appelle « prédestination divine », ni même le titre flatteur de « prophète pour les nations » ne le mettent en extase ou le convainquent. « Je suis un enfant » répondra-t-il ; peut-être faut-il comprendre un adolescent, en tout cas il était alors à un âge malléable et insouciant. Ainsi donc, devant la prétendue éloquence divine, et face aux perspectives d’une destinée glorieuse, Jérémie ne s’enflamme pas. Il répond : « Ah ! », ce qui signifie, « hélas ! malheur ! » C’est le premier mot de réponse qu’il prononce dans son Livre. Dieu n’aurait-il pas le don qu’ont nos sages pour convaincre et mettre en scène ? Comment un adolescent, face à l’odyssée divine et la mission auprès des Nations qui lui sont proposées ose-t-il répliquer à Dieu : « Misère ! » Quel est donc ce prophète ? Et quel est donc ce Dieu montrant tant de faiblesse devant un enfant ? N’est-ce pas un dialogue farfelu ? Car combien de prêtres et pasteurs soupirent-ils encore aujourd’hui à vivre une telle rencontre avec le divin ? Où donc Jérémie a-t-il pu voir le malheur et la misère dans cette situation ?

Si nous lisions de nouveau le texte dès le premier verset, nous verrons que Jérémie était de la branche des prêtres d’Anatot. Or, cette lignée était maudite depuis plus de quatre siècles ! Il faut remonter pour cela jusqu’au sacrificateur Éli dont les fils, prêtres eux aussi, violaient les femmes. De là survint le drame de Silo durant lequel l’arche de l’alliance fut livrée aux Philistins (1 Sam. 4), tandis qu’un prophète annonça la malédiction de la descendance d’Éli : « Tu seras un adversaire dans ma maison […] et jamais dans ta famille on n’atteindra la vieillesse » (1 Sam. 231-32). Depuis ce jour, les hommes du Talmud expliquent que les gens d’Anatot étaient voués à mourir jeune parce qu’ils étaient de la maison d’Éli ! En effet, cette dynastie de sacrificateurs était issue du quatrième fils d’Aaron, Itamar, et le dernier d’entre eux fut Abiathar, lequel trahit Salomon, achevant ainsi la déchéance de cette généalogie de souverains sacrificateurs. Le roi la dépouilla de ses fonctions, donnant sa charge à Tsadok, tout en disant à Abiathar :

Va-t’en à Anatot dans tes terres, car tu mérites la mort ; mais je ne te ferai pas mourir aujourd’hui, parce que tu as porté l’arche du Seigneur l’éternel devant David, mon père, et parce que tu as eu part à toutes les souffrances de mon père. Ainsi Salomon dépouilla Abiathar de ses fonctions de sacrificateur de l’éternel, afin d’accomplir la parole que l’éternel avait prononcée sur la maison d’Éli à Silo. (1 Rois 226-27)

Plusieurs siècles de malédiction sont donc déposés dans le berceau de Jérémie ; aussi tout est-il déjà dit dans le « Ah ! » qu’il crie suite à l’appel divin. Est-il possible que cette corrosion inscrite dans ses gênes disparaisse ? Dieu se joue-t-il de lui en agissant comme si l’indélébile fatalité n’existait plus ? En vérité, Dieu décida d’oublier tandis que Jérémie ne pouvait encore le concevoir ; fait qui n’échappe pas à Dieu, précisément ! C’est pourquoi la réponse divine n’a rien à voir avec la théologie, encore moins est-elle raisonnable, quant à y voir de la théâtralité, ce serait simplement se moquer de l’angoisse de Jérémie : Dieu ne drogue pas les hommes de sublime pour leur faire avaler l’irraisonnable. D’ailleurs, il ne justifie pas et n’explique rien : il affirme. Il cherche à susciter la foi : « Si j’ai gravé autrefois la malédiction d’Anatot sur une table de pierre, j’ai décidé aujourd’hui de la briser. Tout est pardonné, tout est oublié », dit-il en substance à Jérémie. Le jeune homme devra apprendre que Dieu est arbitraire. Tel sera son message prophétique de surplus puisqu’il lui faudra annoncer la destruction du Temple, la dispersion du peuple et la déchéance d’une Alliance que tous croyaient éternelle. En vérité, Jérémie eut besoin de 23 années pour atteindre la maturité prophétique, pour être enfin capable de s’adresser aux hommes, d’abord sans plus jamais trembler ou être écrasé sous le poids de la menace d’Anatot, mais surtout en osant leur annoncer le même renversement de situation à propos du Temple que Dieu abandonnait aux Babyloniens, à l’instar du jugement de Silo.

De là cette question : l’appel divin de Jérémie lui fut-il adressé « solennellement » une fois pour toutes ? Certes non. N’imaginons pas que la parole lui tomba dessus comme la foudre, que Dieu frappa et que l’adolescent ne lui résista pas ! C’est précisément le contraire, et les « hélas ! malheur ! » de Jérémie signifient bien combien s’instaura un long dialogue entre lui et Dieu. Il fut donner du temps au prophète, beaucoup de temps, pour se fortifier, pour chercher, s’interroger, douter, espérer, et petit à petit entrer dans la foi qui le rendit capable de supporter l’insupportable. Dieu s’adressa à l’intimité de Jérémie durant plusieurs années, et Jérémie nous en fait ici la synthèse. Au lieu d’une déclaration de contrainte éblouissante, Dieu murmura année après année aux oreilles de l’homme qu’il appelait, lui apprenant lentement à Le connaître, lui enseignant pas à pas comment formuler ce qu’il voyait de Lui. Lorsque Jérémie fut prêt, il commença à parler : « Dieu peut défaire ce qu’il a fait et faire ce qu’il a défait. Il est au-dessus de la loi dont il se sert pour conduire les hommes à la foi ». Plus Jérémie sut concevoir pour lui-même cette étrange et « sauvage » liberté, plus il fut capable de la porter aux autres ; et tandis qu’il acceptait cette Bonne nouvelle en son intimité, il l’annonçait pareillement à l’extérieur. C’est ainsi qu’il brisa l’Ancienne Alliance tout en commençant à bâtir la Nouvelle qu’il voyait de loin. S’étant lui-même tourné vers la foi seule, il dévoila à ses contemporains ce Dieu illogique dont le projet n’était pas la loi, mais la liberté de la foi.

Dans sa maturité, le prophète conduira les anciens et les prêtres aux abords de Jérusalem, dans la vallée de Ben-Hinnom, ou val-de-la-géhenne. Là, les Hébreux brûlaient leurs enfants au feu en holocauste à Baal, ils imitaient les vérités païennes ; là, Jérémie brisera un vase de potier pour leur signifier que Dieu était en train de briser l’alliance de la loi et des sacrifices qu’il avait auparavant établie : Jérusalem sera brûlée, le Temple détruit et toutes les Nations seront désormais placées sous le joug de ce même jugement. Une époque s’achevait, l’Histoire basculait, l’antiquité allait laisser la place aux sévérités de la conscience personnelle. « Ta vie sera ton butin » dira le prophète, le contrat collectif qui te couvre aujourd’hui peut à tout moment être détruit pour te conduire face à toi-même. Mais Jérémie savait que le temps des « Ah ! », des « Hélas ! » et des « Malheurs ! », si terribles et longs soient-ils, n’arrachent et n’abattent que pour un temps. Aussi criera-t-il l’espérance, l’Alliance nouvelle, c’est-à-dire le Christ. Il viendra. Après les prises de conscience vient celui dont le sang efface l’encre indélébile des condamnations. Jérémie sait, lui mieux que quiconque, à ce moment précis de l’Histoire, qu’après avoir détruit les temples religieux, Dieu ôtera les bûchers des malédictions et comblera les vallées de la géhenne. Il le sait lui, l’homme d’Anatot, il sait que la vérité de Dieu n’est pas raison, et que les cultes de masse ne sont rien ; il sait qu’Anatot signifie exaucement, et que seule la déraison de la foi exhausse l’impossible de Dieu : « Détruisez ce temple et, en trois jours, je le relèverai ». Le projet de Dieu, c’est la résurrection de l’homme individuel, son véritable temple.

Ivsan Otets